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Amoris Laetitia

Depuis sa sortie, l’exhortation «  Amoris Laetitia » (La Joie de l’Amour) du Pape François fait couler beaucoup d’encre :

Ouverture attendue pour les uns, redoutée par les autres, aréolée de tolérance ou taxée de laxisme, ce texte interroge tant par son contenu que par les objectifs de son auteur.

 

Le Père André daigneault, o.ss.t. vous propose ici  une analyse des réactions que l’on peut lire ou entendre ici et là .

 

L’exhortation « Joie de l’Amour » fait le bilan de deux synodes sur la famille : 2014 et 2015. Le texte étonne par sa manière d’aborder le sacrement de mariage qui est dépeint, non pas comme une doctrine ou une morale, mais comme une réalité concrète aujourd’hui et qui tient compte de la diversité des couples dans le monde, car chaque couple est unique.

 

Les réactions diffèrent selon les continents. Ainsi là où la famille est tissée serrée, fondamentale, le document synodal est déroutant. Le problème ne se pose pas chez eux. Mais là où la famille est éclatée, reconstituée, monoparentale, le document réconforte. Voici des commentaires de lecteurs dans leur premier contact avec Amoris Laetitia.

 

Les uns ont trouvé un changement de vocabulaire ; Ils s’attendaient à une nouvelle législation canonique mais l’absence de règles claires les a dérouté : on a jugé le texte trop libéral et imaginé que certains évêques ne changeront rien à leur façon de faire tandis que d’autres iront de l’avant sans trop de discernement…Jusqu’à donner la communion aux divorcés remariés. Ils se sont posé la question de savoir si les prêtres seront suffisamment formés pour accompagnés ? Certains ont caricaturé la situation par une parodie de l’Évangile : Débrouillez-vous les uns les autres » Signé : Pape François. Ces commentaires sont rencontrés chez ceux qui ont des tendances traditionnelles, habitués aux normes papales.

 

Les autres ont avoué avoir reconnu l’archevêque de Buenos Aires qui invitait à être responsable par soi-même, à réfléchir et être intelligent (lire entre les lignes). On ne saurait attendre béatement toutes les directives de Rome. On retrouve aussi le Jésuite formé à l’école d’Ignace de Loyola pour qui le discernement est donné à tout chrétien au baptême et à la confirmation.

 

Il y a encore les médias qui ont retenu et questionné le Pape que sur deux thèmes : homosexualité et intégration des divorcés remariés. Pourtant l’exhortation synodale contient 325 numéros répartis en 10 chapitres. Sur l’homosexualité, le pape a été sobre : on attendait autre chose. Il a mis l’accent sur le respect de toute personne au-delà des pesanteurs de l’institution de L’Église. La volonté du pape, c’est de se faire tout à tous pour les sauver. « Qui suis-je pour les juger ? » a fait le tour du monde. Cela ne signifie pas que François soit favorable aux pratiques homosexuelles. Cela signifie qu’on ne doit pas juger ni condamner. De même pour l’avortement et l’adultère : Nul ne peut se faire juge de qui avorte ou commet l’adultère comme le montre l’évangile à travers Jésus confronté à une femme prise en délit d’adultère (Jn 8)

 

Quant  aux couples divorcés remariés, le pape insiste sur la miséricorde, la vraie. Donner son cœur, son amour à la misère humaine de ces couples. Lui-même a cet état d’esprit dans la manière de les accueilli. « Le mariage civil ou bien la cohabitation stable comporte quelque chose du

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mystère du mariage », dit le pape. « Ces situations doivent être affrontées d’une manière constructive en cherchant à les transformer en occasion de cheminement vers la plénitude du mariage et de la famille à la lumière de l’Évangile ». C’est l’attitude du Jésuite.

 

Voilà l’attitude du Jésuite. Une pratique qui permet de « construire en cherchant dans la vie tout ce qui peut disposer la personne à recevoir la grâce de Dieu ». Mot qui revient souvent, synonyme de miséricorde. Non pas miséricorde à rabais, mais miséricorde qui est l’amour unique que Dieu porte à chacun. Miséricorde qui est une grâce qui pousse en avant. Miséricorde qui nous rends plus chers aux yeux de Dieu qui que nous soyons.

« L’Évangile n’est pas une morale » . La religion est trop centrée sur la norme morale. Or comme aucun pape, François souligne le caractère négatif de cette moralisation de la foi, surtout sur les questions sexuelles. Quant à ceux qui posent la question du prêtre assez formé pour accompagner les couples, il faut dire qu’avec le phénomène de la laïcisation de la société, de la place des laïcs dans la pastorale, les couples pourront trouver de bons accompagnateurs et de bons guides.

 

« Regarder chaque personne ». Ce qui frappe chez notre pape, c’est son attention envers chacun de ses interlocuteurs. Il s’intéresse aux personnes, quel qu’elles soient. De cette attention à chacun, il tire une autre conséquence : il ne saurait y avoir un discours général unique, mais celui-ci doit aussi s’adapter à chacun. Prendre la personne là où elle est sur son chemin, l’accompagner1 pour la faire grandir au lieu de l’écraser avec la norme et la vérité absolue. La vérité, c’est l’amour de Dieu pour tous, donc une relation comme on en voit dans l’Évangile : La samaritaine, Nathaniel, Nicomède, Zachée….

 

Seul l’amour est digne de foi. « Aimons-nous les uns les autres (différent de « Débrouillez-vous les uns les autres »!)  puisque l’amour vient de Dieu. Ceux qui aiment sont enfants de Dieu et ils connaissent Dieu » 1 Jn 4

 

Tout compte fait, seul l’amour est digne de foi. C’est avec amour qu’il faut entrer dans Amoris Laetitia, qu’il faut le lire et l’appliquer sans crainte et sans peur.

André Daigneault o.ss.t.

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