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Le chemin de Pâques

Ah ! qu’on est bien dans le ventre de sa maman. Bien au chaud. Vivre et couvert assurés. Et pourtant, sous peine d’asphyxie, à un moment, il faut passer, il faut sortir, il faut « mourir » pour naître et entrer dans la vie. Mourir à une forme de vie, qui est certes bonne en son temps, mais qui est orientée vers autre chose, qui est appelée à se dépasser dans une forme de vie supérieure.

La naissance n’est d’ailleurs que le premier des passages qui rythment l’existence de cet être toujours en croissance qu’est l’homme. Il devra ensuite mourir à l’enfance pour entrer dans le monde des adultes, mourir à une certaine idée qu’on se fait d’une vie réussie pour entrer paisiblement dans le troisième voire le quatrième âge. Chaque passage est une crise qui nous place face à l’alternative radicale de la vie ou de la mort. Si l’appel au dépassement n’est pas entendu, l’homme vivote, s’enfonce dans la régression et la tristesse. Qui n’avance pas, recule. Il en va de notre vie comme de la retraite de Russie, s’arrêter, c’est mourir sur place. Oui, l’exode, la pâque, le passage est la loi même de l’existence humaine.

C’est aussi la loi de la vie chrétienne. D’abord, parce que, comme Jésus l’enseigne à Nicodème, on devient chrétien par une « nouvelle naissance ». Il faut renaître de l’eau et de l’Esprit. Il faut mourir à une vie purement humaine, dont les motivations profondes viennent de la chair et le sang, de l’égoïsme naturel, pour entrer dans une vie selon l’Esprit, une vie d’enfant de Dieu, animée par la charité, dont les motivations et les principes viennent de plus haut. Ensuite parce qu’on ne parvient pas d’emblée à l’état adulte dans la vie chrétienne, c’est-à-dire à la sainteté. Le développement en nous de la vie surnaturelle est marqué par toute une série de crises et de passages qu’il faut consentir (non sans lien d’ailleurs avec les grandes étapes de notre vie naturelle). L’aventure de la sainteté chrétienne emprunte donc, à la suite du Christ, un chemin pascal. Nul n’en est dispensé. Mais, s’il y a des lois générales du développement pascal de la vie chrétienne (nous passons tous, par exemple, par une phase de ferveur initiale sensible suivie par un temps de sécheresse), les itinéraires sont infiniment variés. Autre est le chemin de sainteté dans l’amour d’une mère de famille, autre celui d’un militaire…

Frère Serge-Thomas Bonino, dominicain

Source : Les cinq Pâques de St Thomas d’Aquin : http://www.sedifop.com/?p=3595 :

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